Loin des côtes surpeuplées de l’Égypte, les sites préservés du Soudan comblent les plongeurs en quête de dépaysement. À l’écart des guerres civiles du sud et du Darfour, la côte orientale se distingue par la richesse de sa faune et flore corallienne et par la présence de grands pélagiques… Contrée mythique et millénaire des pharaons noirs, le Soudan est une terre d’aventure méconnue appréciée des plongeurs pour son histoire sous-marine hantée par la seconde guerre mondiale et par les expériences du Commandant Cousteau…
Depuis un an, le San Marco, caïque turque tout confort paré d’une coque bleu et or, propose des croisières uniques à la recherche des vrais trésors de la Mer Rouge.

La brume matinale s’effiloche, dévoilant une rangée de containers rouge, vert et bleu acier. Une forêt de grues, de mâts et de bâtiments déchire le ciel dont le bleu s’intensifie à mesure qu’un disque rouge surgit à l’horizon. Port-Soudan se réveille. Sur le quai, des dizaines de silhouettes enturbannées et vêtues de tuniques blanches s’agitent, tandis que s’élève l’invocation profonde du muezzin… Sur la route, les voitures slaloment entre rickshaws et carrioles traînées par des ânes qui amusent de jeunes passantes voilées et vêtues de costumes d’écolière anglais hérités de l’époque coloniale… Images déroutantes d’un autre monde, sons vibrants et odeurs inédites qui transportent les passagers du San Marco, embarqués la veille, dans une atmosphère excitante et dépaysante. Le San Marco lève les voiles et met le cap vers le phare de Sanganeb, laissant les bruits de la deuxième ville du pays dans son sillage…

Sanganeb, l’unique atoll de la mer Rouge
Deux heures plus tard, le bateau retrouve son mouillage en face du phare de Sanganeb qui monte la garde sur le magnifique atoll turquoise. Construit en 1930 par les Anglais, le phare est surveillé en permanence par quatre gardiens. La vue sidérante à partir de son sommet vaut largement l’ascension des 266 marches. Les teintes émeraudes du lagon ceinturé par le récif tranchent avec le bleu vif et pur du ciel. Le site est truffé de patates de corail qui affleurent ça et là et entre lesquels patrouillent des requins pointe noire, dont les ailerons fendent la surface translucide… La couleur bleu sombre qui borde le récif laisse présager des tombants vertigineux où transitent probablement de nombreux pélagiques…

Au pays des merveilles
L’angle sud-ouest de l’atoll est sans aucun doute le site le plus remarquable et le plus accessible à tous niveaux de plongeurs. Après 6 à 7 minutes de descente, les visiteurs atteignent un plateau à -15 m où des couloirs de sables alternent avec des aires colorées de coraux mous multicolores. Les conditions de plongée sont idéales : température de l’eau à 27°, courant faible et visibilité à 25 mètres. Dans ce jardin sorti d’une toile du douanier Rousseau, émergent ça et là des pinacles croulant sous les branches de crinoïdes roses et violets, autour desquels butinent des colonies d’anthias et de demoiselles.

Sous l’arche d’un corail noir, de petits labres déparasitent avec frénésie les mérous, gaterins ou empereurs de passage, tandis qu’une sarabande de perroquets survole la scène. Les rencontres avec les bancs de carangues "gros yeux" (Caranx sexfasciatus) et de barracudas à nageoires noires (Sphyraena quenie) sont fréquentes sur le plateau et la présence des requins gris de récif, bien que discrète, est permanente. Chacun trouve sa place dans ce décor harmonieux, les murènes et les gobies se terrent dans leurs refuges tandis que les poissons lions, anges, cochers, papillons et scorpions (…) glanent leur pitance autour des pâtés de corail.
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Le plateau descend en pente douce jusqu’à 30 mètres de profondeur et s’arrête sur un tombant abrupte chutant jusqu’à -700 mètres. Inutile cependant de perdre du temps dans les abîmes, car l’animation principale a lieu sur le plateau. Au petit matin, à midi ou au soleil couchant, la vie fixée y offre à chaque fois un spectacle d’une polychromie époustouflante… Fin de plongée récif main gauche à – 5 mètres, je me prends à suivre un ange géographe (Pomacanthus maculosus), qui tel le lapin blanc toujours pressé d’Alice, me guide dans un dédale de grottes cachées, où sommeillent d’énormes mérous marbrés et fourmille une nuée de poissons de verre (Parapriacanthus ransonneti). La lumière du soleil tombant plonge le décor dans une ambiance féerique. La magie de Sanganeb opère… Je voudrais rétrécir, me fondre dans le paysage, et parler au poisson ange pour prolonger mon séjour au pays des merveilles…
Le parc marin de Sanganeb
De forme rectangulaire de 6,5 km de long sur 1,6 km de large, l‘atoll de Sanganeb est isolé au large de la côte à 30 km au nord-est de Port-Soudan. Parce qu’il émerge à 800 m au-dessus du plateau continental et qu’il présente un large lagon percé d’une seule passe, Sanganeb est considéré comme l’unique réel atoll de la mer Rouge. En plus de sa structure géologique unique, l’atoll présente les récifs coralliens les mieux préservés et les plus riches de la mer Rouge, où sa position centrale lui permet, selon les biologistes marins, de bénéficier d’excellentes conditions (courants, nutriments…) pour la croissance corallienne.
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Les espèces de coraux mous et durs de Sanganeb sont d’ailleurs les plus diversifiés de la mer Rouge. Au total, plus de 250 espèces de poissons de récif y ont été identifiées par Krupp et Al en 1994, la plus grande diversité jamais observée dans cette région, sans compter les 90 espèces d’algues recensées, qui mette en exergue la similarité de la flore de Sanganeb avec celle de l’Océan Indien. Une centaine d’espèces d’invertébrés y a également été répertoriée, dont les trocas, concombres de mer, huîtres perlières (pincatada margaritifera), bénitiers, éponges, nudibranches, mollusques et autres ascidies...
Pour protéger ce patrimoine naturel exceptionnel, le gouvernement a décidé en 1990 de classer l’atoll de Sanganeb « parc marin national » et a proposé à deux reprises sa nomination sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Dépourvu de moyens efficaces, le département soudanais de conservation du patrimoine naturel est assisté depuis peu dans sa tâche par l’organisme international African Parks qui s’est engagé à préserver la biodiversité et à développer l’activité du parc sur le long terme. Une équipe s'occupe actuellement de la formation de rangers pour surveiller le parc marin ainsi que de la mise en place de postes de contrôle équipés de bateaux.
Les autres sites de Sanganeb
Moins riche en coraux, la pointe du sud-est mérite cependant le détour pour son tombant vertigineux déclinant à plus de 80°. Les immersions matinales sur ce site donnent souvent l’occasion de rencontrer un troupeau sédentaire de perroquets à bosse (Bolbometopon muricatum) qui aiment prendre leur petit-déjeuner côté soleil. Les plongeurs peuvent repérer leur présence de loin grâce à la nuée de particules et de micro-algues qu’ils broutent frénétiquement à l’aide de leur impressionnant bec. Nous nous retrouvons ainsi nez à nez avec une cinquantaine de ces drôles de mastodontes débonnaires munis d’une énorme bosse frontale qui, à notre grande surprise, nous rendrons visite plusieurs fois durant l’immersion. Nous croisons également des bancs de carangues et de barracudas ainsi que quelques requins gris de récif (Carcharhinus amblyrhinchos).
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Dès le deuxième jour, le San Marco quitte son emplacement près du phare pour un mouillage plus tranquille et plus idyllique à l’intérieur du lagon. Un groupe de dauphins long bec nous rend visite chaque midi, mais passe trop furtivement pour songer à les approcher. Ce mouillage est également plus pratique pour accéder au plateau de la pointe nord où résident les fameux requins marteaux généralement visibles dès la seconde marche entre 40 et 50 mètres de profondeur. La houle soulevée par le vent du nord ne nous permettra pourtant pas de plonger sur le site et nous explorerons la partie ouest du récif à proximité de la passe, qui offre des décors classiques de plongées en mer rouge.
Les croisières plongée à Port Soudan
La houle s’étant calmée au bout de 3 jours, le San Marco quitte le lagon de Sanganeb et met le cap sur le récif de Sha’ab Rumi, situé à 13 miles au nord soit une distance de 23 km environ. Le bateau navigue au moteur à une allure de 8 nœuds. À la barre, Captain Moh ordonne à son équipage de dérouler le foc. Mohammed est originaire de Port-Soudan.

Passionné par la mer, il obtient rapidement son diplôme de marin deuxième catégorie qui lui permet de naviguer en mer Rouge et en Méditerranée. « J’ai acquis de l’expérience en tant que skipper pour de nombreux yachts privés en Italie et dans le sud de la France, avec l’espoir de revenir un jour dans mon pays » explique Mohammed qui a réalisé son rêve en travaillant d’abord auprès de Franck Imbert sur le Breizh Izel avant de prendre les commandes du San Marco. Le jeune capitaine soudanais est favorable au développement des croisières plongée à Port Soudan, qui compte aujourd’hui 9 bateaux en service et accueille près de 2500 plongeurs à l’année. « Il faudrait deux fois plus de bateaux pour créer des emplois et générer une activité économique durable. Le salaire d’un marin est trois plus élevé que celui d’un travailleur à terre qui gagne environ 120 US$ par mois » précise Mohammed néanmoins soucieux de préserver son patrimoine naturel. « Je suis d’accord avec la politique du gouvernement qui souhaite développer le tourisme en évitant de faire les mêmes erreurs que l’Égypte aujourd’hui dépendante du tourisme de masse. Au Soudan, nous pratiquons encore une pêche traditionnelle qui nous a permis de garder intacts nos sites marins qu'il faut préserver à tout prix » remarque fièrement le marin qui n’hésite pas à contacter African Parks pour dénoncer par exemple les embarcations yéménites pratiquant le trafic d’ailerons de requins.

Sur le pont, les deux marins Aziz et Amedine se préparent à jeter l’ancre tandis que Abdul et Moussa s’affairent aux fourneaux. Mohammed à tenu à faire engager ses quatre marins avec lesquels il travaille depuis plusieurs années. L’harmonie régnant à bord s’en ressent et l’équipage est attentif au moindre détail pour assurer le confort des passagers.
Sha'ab Rumi, sur les traces du Commandant Cousteau
«…On rêve les yeux ouverts, dans un silence absolu, poussé par le courant… On survole des communautés vivantes constituées de millions de créatures étranges…» Tels sont les mots du Commandant Cousteau pour décrire la beauté des eaux soudanaises qu’il découvre lors d’une première expédition en 1951. Douze ans lus tard, il choisit le récif de Sha’ab Rumi pour y installer ses Maisons sous la mer dans le cadre de l’expérience Précontinent II, qui fait suite à un premier habitat sous-marin réalisé durant une semaine en face de Marseille. Claude Wesly et Albert Falco furent alors les premiers océanautes à vivre sous l'eau sans remonter à la surface. Encore plus ambitieuse, l’expérience de Précontinent II a un triple but technique : étudier les effets d’un séjour d’un mois à une profondeur de 10 mètres, puis d’une semaine à 25 m à l’aide d’un mélange hélium/air, et enfin de créer un garage pour la soucoupe plongeante afin de la tenir en état de fonctionnement sans revenir en surface. Baptisée « Denise », la SP-350 est la première soucoupe plongeante de la Calypso et peut descendre à 350 mètres avec deux personnes à bord ! En avril 1963, ce véritable petit village construit à Nice est donc remorqué à Sha’ab Rumi et installé à 12 mètres de profondeur côté océan, près de l'unique passe de l’atoll.
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Plus de trente ans après, les vestiges du village témoignent encore de cet événement marquant de l’histoire de la plongée profonde. Et c’est avec une grande émotion que nous découvrons le garage à soucoupe qui a la forme d’un oursin géant soutenu par quatre pattes. Il est possible d’accéder facilement à l'intérieur, où une poche d'air alimentée par les bulles des plongeurs s'est formée. Quelques mètres plus loin, le hangar à scooters sous-marins invite les plongeurs à une traversée dans le passé parmi les voûtes ornées d’alcyonaires. De belles raies pastenagues à points bleus (taeniura lymma), ensevelies sous le sable, se découvrent à notre passage tandis que non loin de là, une tortue dévore un bouquet d’éponges mauves… L’atmosphère est encore plus troublante en plongée de nuit où les lieux sont hantés d’étranges créatures. Tels deux sphinx immobiles, un couple de poissons diable (ptérois radiata) surveille l’entrée du garage à soucoupe. Sous les faisceaux de nos lampes surgit une petite raie torpille qui ondule délicatement en survolant un champ de crinoïdes et d'alcyonnaires se déclinant dans les tons mauves et roses.
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Dans les anfractuosités, les poissons-perroquets dorment paisiblement dans leur cocon tandis que les crabes, bernard l’ermite et autres petits crustacés s’affairent à trouver une coquille ou des algues pour se camoufler… Parmi une forêt de comatules orangers et d’oursins diadèmes carmins, d'imposants gorgonocéphales bruns (Eutyale sp.) déploient élégamment leurs longs bras emmêlés qui se rétractent aussitôt à notre passage, comme pour nous décourager d’errer plus longtemps dans cette ville fantôme…
Le plateau aux requins marteaux
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Si l’atoll de Sha’ab Rumi est réputé pour l’expérience Précontinent II, il est également reconnu pour son plateau sud où un banc de requins marteaux Halicorne (Sphyrna lewini) s’est sédentarisé. Fébriles, nous palmons face au courant jusqu’à l’extrémité du plateau où nous descendons dans le bleu jusqu’à 40 mètres, nous attendant à chaque instant à voir surgir l’un des squales les plus curieux des océans. Le museau aplati et rectangulaire de ces requins est à l’origine de son appellation. Ses petits yeux et ses narines sont situés à l'extrémité des lobes céphaliques qui lui permettent d’avoir une vue panoramique des alentours immédiats et de repérer ses proies plus rapidement... Sur les quatre immersions que nous effectuerons sur le site, seul un couple de plongeurs italiens aura la chance de croiser un de ces curieux spécimens. D’après Regula, notre encadrante helvète, le banc évolue dans les profondeurs où les eaux sont plus fraîches… L'hiver est donc la meilleure période pour les observer, mais en ce mois de décembre, la température de l'eau est anormalement plus élevée que d'habitude. Frustrés, nous revenons sur le plateau situé entre 20 et 30 mètres, où la profusion de vie et de couleurs nous fait vite oublier notre déception.

Des milliers de petits poissons de récif ont élu domicile sur ce site incroyablement riche en coraux mous, en gorgones et en éponges tubulaires entre lesquelles patrouillent régulièrement des bancs de carangues gros yeux (Caranx sexfasciatus) et de barracudas à nageoires noires (Sphyraena quenie). Une vingtaine de requins gris de récif et quelques requins pointe blanche du lagon fréquentent les lieux, constamment bercés par le courant. Des groupes de gaterins jaunes tachetés (Plectorhinchus gaterinus) et de priacanthes vermillon évoluent parmi les tiges de coraux fouet. À l’est du plateau, une cage anti-requins décorée d’ascidies et de comatules, témoigne là encore du passage du Commandant Cousteau. Gare aux plongeurs qui osent s’y aventurer, les balistes tête jaune (Balistoides viridescens) monte la garde et n’hésitent pas à montrer les dents…
Le véritable clou du plateau, c’est « anémone city ». Ce regroupement d’anémones pourpres attire tous les regards et quand le courant dévoile leurs jupons parmes à plumetis orangers, c’est l’apothéose… Quand ils ne défendent pas les atours de leurs maîtresses, les poissons clown à deux bandes (Amphiprion bicintus) s’amusent dans les froufrous de leurs robes oubliant la présence des minuscules poissons faucons perchés sur la voûte soyeuse de l’anémone. Des nuées de chromis bleu-vert et d’anthias ondulent synchroniquement aux sommets des madrépores… Un balai qui s’enchaîne à merveille et plonge les aquanautes dans une atmosphère douce et euphorisante…
Dans les entrailles de l’Umbria

Dernier site de plongée avant la fin de la croisière, l’Umbria est reconnue comme l’une des plus belles épaves du monde et son histoire n’a pas fini de marquer les plongeurs qui la découvrent. Ce cargo italien transportant des bombes et des munitions fut sabordé par son capitaine en 1940, le premier jour de l’entrée en guerre de l’Italie, et cela afin d’éviter la main mise des Anglais sur la cargaison. Une cargaison demeurée quasiment intacte plus d’un demi-siècle plus tard que les plongeurs découvrent avec excitation en prospectant de salles en salles… Des centaines d’obus empilés, d’imposants ballots de ciment, des milliers de balles, une myriade de bouteilles de vin en vrac ainsi que trois magnifiques Fiat !
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Située à 30 minutes de Port-Soudan, l’épave est couchée sur le flan et repose entre 5 et 38 mètres de fond. Sa structure et ses dimensions, 155 mètres de long sur 18 mètres de large, offrent de multiples possibilités d’exploration qui justifient largement trois immersions dans la journée. Un guide est fortement conseillé pour visiter l’intérieur de l’épave où il est facile de se perdre entre le dédale des couloirs et des salles… Le niveau 2 minimum est d’ailleurs requis pour la visite. Dennis, qui fait partie de notre palanquée nous propose ses services de guide. Dennis a déjà visité l’épave il y a dix ans et, surtout, Dennis est italien et passionné par l’histoire de son pays… De la salle des machines située dans les entrailles du cargo, à la « pizza backery » pourtant réputée inaccessible, de la proue à la poupe en arpentant les coursives hantées par les marins que j’imagine se précipitant à l’eau pour éviter de sombrer avec leur navire… Dennis nous fait visiter l’épave de fond en comble tel le propriétaire des lieux…
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Nous nous engouffrons à travers une lucarne ouvrant sur un antre sombre et descendons 20 mètres plus bas, au coeur du navire, dans la fameuse salle des machines. La lumière solaire perce les cinq étages de marches depuis la surface, nous plongeant dans une atmosphère quasi-mystique…
Mais pas le temps de contempler la scène, notre guide nous entraîne déjà vers une autre salle où trônent trois belles Fiat presque intactes ! L’hélice de rechange, l’énorme ancre, la passerelle, les cabines, une baignoire, rien n’échappe à mon guide qui s’implique à fond dans son rôle, allant jusqu’à démonter la tête d’une balle, déplacer une bombe ou « dépoussiérer » l’étiquette d’une bouteille de vin qui dévoilera un Chianti 1938… Son exaltation me gagne et j'ai l'impression d'être l’hôte du capitaine dont le fantôme est apparu pour exhiber la riche cargaison qui, grâce à son ingéniosité, a échappé aux Anglais…
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Le regard curieux d’un poisson-ange Arabica me ramène soudainement à la raison et je me remets dans ma peau néoprène de plongeuse… Un banc de fusiliers s’engouffre sous une structure ornée d’huître zigzag (Lopha cristagalli) et de crinoïdes multicolores. La coque, richement concrétionnée, abrite désormais la faune coutumière des récifs. Sa proximité avec la surface et donc avec la lumière a permis à la faune et à la flore de se développer. La vue de l’extérieur est impressionnante et permet de mesurer la grandeur du navire ainsi que de l’hélice posée sur le sable. Étant généralement plus passionnée par la biologie sous-marine que par les épaves, mon enthousiasme au bout de la troisième immersion me surprend… Mon imagination galope à mesure que nous découvrons de nouveaux détails témoignant de ce que fut la vie à bord... Pendant toute une journée, nous avons pu nous approprier cette magnifique épave sans être dérangés par aucune autre palanquée : splendeur, histoire et exclusivité, la magie du Soudan fait toujours son effet…
Visiter Port-Soudan
Avant de quitter le pays, une promenade à travers Port-Soudan s’impose pour mesurer l’ambiance locale.
Port-Soudan voit le jour en 1905 en même temps que les chemins de fer, construits pour relier le Nil et la mer Rouge. La ville devient prospère à partir de 1869 lors de l'ouverture du Canal de Suez. Deuxième ville du pays, Port-Soudan compte aujourd'hui plus de 210 000 habitants qui, pour la plupart, vivent grâce aux activités du port.
Le marché vaut absolument le détour. Il est accessible depuis le port en 5 minutes de rickshaw et est ouvert tous les matins excepté le vendredi, jour saint de l’islam.
Pileur de grains de café, tailleurs, couturier, maraîcher, poissonnier, conteur sur la place publique, vendeur de dattes cuites, de beurre de cacahuètes, de fleurs d’hibiscus séchées et de toutes sortes d’épices…Une multitude de petits métiers à découvrir...
Accompagnés d’enfants rieurs, vous circulez entre les échoppes d’où s’échappent des odeurs à la fois enivrantes et écoeurantes, une occasion unique pour rencontrer la population locale et échanger regards et sourires… Si vous souhaitez immortaliser vos rencontres, il est impératif de demander l’autorisation à chaque personne avant de prendre une photo. Les femmes doivent obligatoirement porter pantalon et manches longues.

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